Un jour que je raisais du rangement, je suis toimbé sur
de vieilles photos que je n'avais pratiquement jamais
regardées, et pour cause. Ces photos, je les avais prises
avant mon déménagement de la Sarthe, j'avais alors
seize ans.
Ce déménagement
m'avait été annoncé alors que je ne m'y
attendais pas. J'étais dans la salle d'étude du
lycée où j'étais en pension, quand, surprise,
je vis arriver mes parents qui ne m'avaient pas prévenue.
Tout de suite, je m'attendais à une mauvaise nouvelle, un
décès de proche, ou une histoire arrivée
à l'un des chiens, mais ce n'était pas cela, mon
père avait quelque chose à nous annoncer, à ma
mère et à moi, et c'était ça, le
démanagement dans la région parisienne, même ma
mère n'avait pas été prévenue.
En fait, mon père
était malade, et voulant prendre sa retraite, il souhaitait
retaper le pavillon qui avait été acheté
quelques années avant ma naissance et qu'une fois par ans
ils allaient ouvrir. je les suivais à reculons, ignorant que
cette maison que je trouvais sans charme, dans une banlieue
reculée, était la propriété de mes
parents, et par extension, la mienne !
Je ne m'attendais pas à
cela, la surprise était plutôt mauvaise, sauf pour ma
mère pour qui le pavillon dans sa voie sans issue
représentait Paris, la ville où elle et mon
père juste après leur mariage s'étaient
installés, moi je ne voyais pas la même chose, la rue
de mes parents était peuplée de personnes
âgées que je trouvais acariâtres, il fallait
prendre un bus et un train pour se rendre à Paris et aucune
animation n'était visible, on ne voyait les gens bouger que
pour se rendre à) leur travail ou faire leurs courses, il
semblait que dans ce quartier qui n'était pas une ville, il
n'y avait aucune vie, aucune distraction visible. je
réalisais aussi que là bas il y avait certainement un
lycée proche et qaue je n'irais plus jamais de ma vie en
pension, et que ces lieux où j'avais grandi, cela faisait
onze ans que je vivais dans mon village, et six ans que je vivais
aussi dans ce lycée, je les quittais pour toujours
étant donné que nous n'avions dans la région
aucune famille, mon père était venu y habiter pour
son travail, il était percepteur et nous habitions juste
à côté de son bureau.
Je sentis aussitôt toute ma
vie s'ébranler. je faisais de la photo c'était du
noir et blanc argentique, je tirais les photos moi-même dans
lee labo du lycée. Ce mercredi-là, je ne disais pas
un mot, j'avais pris environ deux pellicules, une chez moi, dans ma
maison et aussi chez les amis, dans les lieux où je
m'étais promenée avec ma mère, sur les bords
du Loir où il allait à la pêche, sur la voie
ferrée où il ne paasait qu'un seul train et que je
traversais parfois avec le fils de leurs amis, pour aller lui dire
qu'on se mettait à table. l'autre pellicule, je l'avais
prise au lycée, et pour ne pas photographier les
allées désertes, les salles vides, j'avais
demandé à des camarades de poser.
J'avais oublié ces images au
fond d'un carton, je n'avais jamais eu la force de les regarder
quand je m'étais retrouvée dans le pavillon sans
chauffage, où je doramis ainsi que mes parents dans la salle
de séjour. Dans mon lit, je pleurais tous les soirs.
Pourquoi, parce qu'on n'a que seize ans, ne peut-on pas
décider seul où on habite ? Cela peut faire sourire
les jeunes de la génération actuelle qui se
valorisent au contraire de l'argent de poche qu'ils demandent
à leurs parent, et profitent de cette manne le plus tard
possible !
Ces photos à présent
me réconfortent, me montrent que peu de temps a passé
même si les images changent, je retrouve comment se sont
formées les facelttes de ma personnalités, où
elles ont pris racine, alors que je me demandais parfois où
pouvaient être les fondations de mes "mois" multiples. Le
lycée, c'était l'avenir, il était imaginaire
et c'est cet anenir qui ne s'est pas déroulé, cette
idée que je m'en faisais qui me pousse é l'invention,
à ne pas me satisfaire comme beaucoup d'adultes d'une vie
toute tracée. A la campagne j'ai appris à ne pas
perdre de temps à de choses superflues, et avec mon
père j'ai appris qu'il y avait une vie après le
travail, il avait peut-être des défauts, mais on ne
s'ennuyait jamais. Ma vie actuelle ne peut être autre chose
qu'une composition anachronique de tout cela, invention,
stabilité, sociabilité, univers incompatibles que
j'ai dû faire cohabiter pendant plus de vingt-cinq ans dans
une boîte en carton.